Une guéguerre s'annonce entre les plus gros opérateurs de construction espagnols à Tanger. Et pour cause : l'essoufflement du secteur immobilier en Espagne.

TangerS'orienter vers le pays voisin en plein chantier constitue une opportunité certaine. La ville du Détroit représente spécifiquement un intérêt de proximité unique pour les promoteurs espagnols. D'ailleurs, Tanger a fait l'objet d'une attention médiatique toute particulière depuis la dernière visite du Souverain. C'est un fait et la métropole est en pleine ébullition en matière de construction. Qu'il s'agisse de l'habitat social ou du haut standing, les opérateurs se ruent vers la ville du Nord et les chantiers se multiplient.

Le premier en tête de liste, Fadesa, se trouve aujourd'hui en compétition avec deux autres opérateurs espagnols dans la métropole nordique du pays, à savoir les groupes de construction Urbas et Renta Corporation. Pour asseoir ses projets, le groupe Urbas vient tout juste d'ouvrir une représentation dans la ville. Santiago Barra, responsable de la société faisait savoir, il y a quelques jours au bureau madrilène de la MAP, la création de l'entité de droit marocain Urbatra.

Dotée d'un capital de 10 millions de dirhams, cette denièrer permettra le suivi de tous les projets de la maison mère. Le premier porte sur la construction de 1.600 logements sociaux.

C'est au cours du mois de mai dernier que l'accord entre l'opérateur ibérique et la holding Al Omrane a été conclu. La viabilisation des terrains à proximité de l'aéroport Ibn Battouta devra, par ailleurs, permettre de démarrer les chantiers d'ici le mois de novembre prochain.

Par ailleurs, dans le haut standing, cette fois un second projet devra prendre forme. Portant sur la construction de 250 logements, des locaux commerciaux et des plateaux de bureau, une telle réalisation urbanistique devrait ainsi relooker le centre de la ville de Tanger. La première partie sera livrée en janvier 2007, la seconde, deux mois plus tard.

Pour rappel, la dernière décennie marque une pause pour le groupe Urbas qui a connu des difficultés financières et deTanger gestion importante. Aujourd'hui, il tente de redresser la barre en jetant son dévolu sur le Maroc. Non en reste de la partie, le mastodonte de la construction espagnole, Fadesa conduit depuis plusieurs années déjà des projets de grande envergure. Parmi les principaux, celui de la station balnéaire de Saadia et celui du City Center situé à Tanger justement…

De son côté, le groupe Salamanca aurait acquis plus de 16.000 m2 en plein centre de la ville tangéroise pour une valeur de 65 MDH. L'objectif annoncé étant de construire des résidences et des centres de loisir et de commerce.
Les rues de la ville connaîtront rapidement un nouveau venu dans la compétition. La société Mixta Africa, SA. est née en effet en mois d'avril 2005.

L'entité se trouve en participation avec Renta Corporacion et la Fondation Renta Corporacion. Son implantation se justifie également par le déficit en logements économiques sur l'ensemble du territoire marocain. Au-delà, le groupe espagnol vise non seulement Tanger mais l'ensemble du continent africain.

Sur le premier point, la philosophie du groupe s'articule autour de plusieurs points. Tout d'abord les responsables avancent comme premier atout, « la construction de logements dignes et sûrs ».

L'argumentaire fait un clin d'œil à certaines constructions locales situées dans le segment Habitation bon marché (HBM) et qui présentent des érosions rapides quelques mois après l'acquisition du logement. En fait le système de construction de la société de Barcelone repose sur des panneaux de polystyrène expansé renforcés avec mailles d'acier et recouverts de béton avec des prestations supérieures en termes d'isolement et de résistance.

Ce système homologué a déjà fait ses preuves dans plusieurs pays pour ne citer que l'Espagne, l'Italie, le Costa Rica, le Mexique, Oman, l'Argentine, Belize, le Chili, la Russie et le Venezuela.

« Le caractère novateur d'un tel processus repose en fait sur des bénéfices acoustiques, thermiques et antisismiques », expliquent les responsables de la société de promotion immobilière.

Au Maroc les premiers chantiers ont démarré, l'un à Martil, l'autre à Tanger. A 5 km de celle-ci, le premier projet de l'opérateur vise la construction de 504 logements et 8 locaux commerciaux bâtis sur une superficie de 28.880 m2. Sur 2 ou 4 étages, les surfaces habitables offertes varient entre 30 et 60 m2. Avec un prix moyen de 190.000 DH, la société compte atteindre des niveaux compétitifs de telle manière à faciliter l'accès au logement aux couches les plus défavorisées de la société. Son projet à Martil est davantage accessible à travers un prix d'appel de 165.000 DHS. Ce second complexe qui sera fin prêt d'ici l'été prochain comprend 4.000 logements construits sur des surfaces comprises entre 30 et 60 m2. L'accès à la propriété aux environs de 4.000 DH le m2 rappelle la volonté gouvernementale.

Immobilier_Maroc___TangerCôté financement, l'achat sur plan de plus en plus pratique au Maroc soulage également les bourses dans la mesure où les apports partiels réduisent le capital restant dû. Par effet induit, les pratiques du noir d'antan, représentant la partie non déclarée, commencent à disparaître avec ce type de logements. La nouvelle loi sur l'immobilier y œuvre également. La mise à niveau des constructions et leur industrialisation selon les normes internationales ne feront que rehausser le secteur au Maroc.

L'opportunité saisie par les opérateurs immobiliers espagnols sera d'autant plus bénéfique si elle relève le niveau de construction des opérateurs nationaux. La définition des niveaux de standing serait également pertinente pour évaluer les constructions sur le plan financier. Une manière également de ralentir la spéculation que connaissent les grandes métropoles…

Les enjeux sont clairs. Au cœur, la dignité du citoyen à faible revenu.

Source: Le Matin du 29/10/2006