Le premier Forum mondial de la Mashishiya-Shadiliya, organisé du 25 au 28 juillet à Tanger, a, amplement, réussi le pari du rayonnement à l'international de cette école Soufie, et l'ambition d'ériger un espace de dialogue pluriel, aussi bien spirituel que temporel, semble être bien engagée.

En témoigne l'importante assistance qui a afflué des quatre coins du monde pour ce rendez-vous dédié à l'un des pôles du soufisme marocain, Moulay Abdessalam Ibn Mashish et son disciple Abu El-Hassan Shadili qui avait voué sa vie à semer la pensée du maître dans de lointaines contrées.

Après des échanges de haut niveau sur la pensée soufie et en particulier sur l'apport d'Ibn Mashish, des dignitaires religieux de divers horizons, des chercheurs et de simples adeptes ont convenu de l'importance d'une telle rencontre et la nécessité de l'inscrire dans la continuité.

Le monde d'aujourd'hui porté sur les tensions et le repli identitaire et confessionnel est dans le besoin d'un tel espace pour initier un débat pluriel et multiconfessionnel ouvert sur l'entente, la compréhension réciproque et la promotion des valeurs humaines propres à l'ensemble des confessions pour en faire un facteur d'entente et de cohabitation.

Les initiateurs de cette manifestation ont assuré que le principal objectif de ce forum est de créer une plate-forme de débat sans a priori et ouverte à toutes les bonnes volontés du monde entier. "Notre objectif est d'instaurer un espace convivial pour se connaître, transcender les préjugés et s'estimer positivement", a dit, à ce sujet, Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita Mohammadia des ouléma.

Le premier forum, dont les travaux ont porté sur le soufisme et l'examen de sujets de grande actualité, a clôturé lundi ses travaux par une visite du mausolée Moulay Abdessalam Ibn Mashish au mont Al-Alem (Province de Larache). Sur les lieux où vécut, il y a des centaines d'années, Ibn Mashish et où s'est déroulée la rencontre du maître et de son disciple, les participants ont assisté à une dernière conférence sur la "Salat Mashishiya". Une prière d'invocation faite d'une merveille de la rhétorique et d'une profondeur mystique éblouissante.

Après visite du célèbre mausolée à ciel ouvert d'où s'élèvent vers le ciel les branches d'un arbre centenaire, les organisateurs ont donné lecture à la "déclaration Jbel Al Alem". Un document qui prend acte de ce rassemblement spirituel, de ses nobles objectifs et de la volonté d'œuvrer pour sa continuité dans une quête du bien, de l'entente, de la paix et de la cohabitation. Outre le mufti d'Egypte, Cheikh Ali Joumouaa, le Forum de Tanger a connu la participation de dignitaires religieux et de nombreux adeptes soufis du monde arabe et de plusieurs pays d'Europe, d'Asie et d'Amérique, en plus de certains représentants de l'église, dont l'archevêque de Rabat.

La rencontre de Tanger qui se veut un espace ouvert de dialogue a également convié les représentants de plusieurs confréries et tariqa soufies du Maroc et des différents pays du monde arabe. Il s'agit notamment de la tariqa Alaouia, la tariqa Derqaouia d'Ibn Ajiba, la tariqa Harraqia, la tariqa Cherqaouiya, la tariqa Ouazzaniya et la tariqa Boutchichiya. Durant cette rencontre, tenue sous le signe "Du Mont Al-Alem au Alam (monde)", une pléiade d'intervenants et d'experts en soufisme ont notamment évoqué la vie et l'œuvre du Saint Ibn Mashish et son disciple. Des études ont été également présentées par des chercheurs en histoire sur l'influence de l'école Mashishiya-Shadiliya auprès des nombreuses confréries et tariqa soufies dans de nombreux pays du Maghreb et du monde arabe.

Des sujets d'actualité ont été également abordés d'un point de vue de la philosophie et de la sagesse soufies à savoir : "spiritualité et citoyenneté", "Soufisme et dialogue de religions" et "Soufisme et mondialisation". Outre les débats, l'ambiance durant les quatre jours de cette manifestation a baigné en permanence dans la spiritualité avec des soirées de dikr et de samaa.

MAP