La liaison électrique sous-marine entre l'Espagne et le Maroc apparaît aujourd'hui comme le possible premier tronçon d'un vaste réseau d'"autoroutes énergétiques" sous la Méditerranée qui permettrait notamment aux Européens d'importer de l'électricité "verte" du sud. L'interconnexion entre Tarifa (Espagne) et Fardioua (Maroc), ouverte en 1997, est "l'unique liaison sous la Méditerranée", rappelle l'Office national de l'électricité (ONE) du Maroc. Ce ne sera peut-être plus le cas en 2020.

Le consortium industriel Transgreen, qui depuis juillet réunit une vingtaine d'acteurs de l'énergie, principalement européens (EDF, Alstom, Siemens, Abengoa), vise à étudier la possibilité de créer des infrastructures de transport sous-marines à l'échelle du bassin méditerranéen.

"Des projets d'interconnexion existent depuis longtemps", reconnaît le président de Transgreen, André Merlin. "Mais face aux coûts d'investissement que cela représentait, il y a toujours eu une difficulté pour agir". "Le fait que les pays du sud puissent produire de l'énergie renouvelable et l'exporter fait évoluer les choses", ajoute celui qui préside aussi les conseils de surveillance de RTE et d'ERDF, filiales d'EDF, présent cette semaine au Maroc pour promouvoir le projet.

Cette ambition, qui n'en est encore qu'à ses balbutiements, s'inscrit dans le Plan solaire méditerranée (PSM). Ce plan prévoit la construction d'ici 2020, au sud et à l'est du bassin, de capacités de production d'électricité renouvelable, notamment solaire, de 20 gigawatts (GW) dont un quart environ serait exporté vers l'Europe. Selon les promoteurs du PSM, cette politique d'achat par les pays européens permettrait aux pays du sud de rentabiliser leurs investissements dans ces nouveaux équipements, tout en permettant à l'Europe d'accroître sa part d'électricité d'origine renouvelable dans son bilan énergétique.

"Les électrons verts, qui sont moins chers à produire dans le sud, ont une valeur supérieure à un électron classique", rappelle Philippe Lorec, responsable du PSM pour la France. Transgreen ne vise pas la construction des équipements de production mais doit examiner la faisabilité technique et juridique d'infrastructures de transport.

Le Maroc, qui a adopté en 2009 son propre plan solaire, apparaît aujourd'hui comme une tête de pont pour développer un futur réseau, en commençant par développer la liaison existante avec l'Espagne. Aujourd'hui, l'électricité circule très largement du nord vers le sud, le Maroc important une part non négligeable de son électricité (18% en 2009) pour des raisons économiques: le KW/h venu d'Espagne est moins cher que celui produit au Maroc. Mais l'opérateur marocain, grâce à ses efforts en matière d'électricité renouvelable, envisage de devenir exportateur à travers cette liaison d'une capacité actuelle de 1,4 GW.

D'ici 2020, une liaison sous-marine pourrait également exister entre la Tunisie et l'Italie, et d'autres sont étudiées entre l'Algérie et l'Espagne ou la Sardaigne, entre la Libye et l'Italie, ou encore la Grèce et l'Egypte.

Le transport sur de telles distances nécessiterait toutefois des lignes sous-marines en courant continu et non en courant alternatif comme c'est le cas entre l'Espagne et le Maroc, méthode qui génère des pertes importantes, souligne M. Merlin. Le coût d'une telle infrastructure est estimé à environ 1 milliard d'euros pour une liaison de 1 GW. "Techniquement, on sait faire", assure M. Merlin, rappelant qu'une telle liaison (de 2 GW) existe entre la France et l'Angleterre depuis 1986.