Le constructeur automobile français Renault a lancé, vendredi à la zone franche industrielle de Melloussa à Tanger, les travaux de construction de sa nouvelle usine ainsi que du Centre de formation aux métiers de l'automobile Tanger-Med. Incontestablement, ce chantier d'envergure participera à la consécration de la place Maroc comme plate-forme compétitive de production et d'exportation à l'échelle régionale (au niveau du Maghreb, de l'Afrique et de l'Europe), voire même mondiale.

Pour un investissement de l'ordre de 1,1 milliard d'euros, ce projet comporte une usine d'assemblage située sur un terrain de 314 ha de la Zone économique spéciale de Tanger-Med. Il est relié à la plate-forme portuaire de Tanger-Med et bénéficie des infrastructures logistiques de pointe développées dans le nord du pays, qui permettront à l'Alliance Renault Nissan de disposer de l'un des complexes industriels automobiles les plus importants du bassin méditerranéen. Le site comprendra des ateliers d'emboutissage, de soudure, de peinture et d'assemblage général ainsi qu'un centre d'expédition logistique.

Le site sera opérationnel début 2012, avec une capacité de production de 30 véhicules par heure, soit 170.000 véhicules par an, pour arriver à terme à une capacité de 400.000 véhicules annuellement, générant 6.000 emplois directs et 30.000 emplois indirects. L'installation de l'usine Renault Tanger-Med s'opère en étroite collaboration avec l'Agence spéciale Tanger-Med (TMSA), qui apporte une aide efficace pour les aménagements du port et du site industriel, ont souligné les responsables de Renault-Maroc.

Par ailleurs, le Centre de formation aux métiers de l'automobile Tanger-Med (CFMA/TM), d'un coût de 7,5 millions d'euros, est destiné à répondre aux besoins en compétences de l'usine de Renault à Tanger.
Le CFMA/TM, qui accueillera 250 stagiaires par jour, a pour mission d'assurer au personnel composé d'opérateurs, de techniciens et de cadres, des formations à l'embauche et des formations continues.

Les locaux seront construits sur 1,5 ha faisant partie du terrain même de l'usine. Le centre de formation sera composé de 22 écoles de dextérité et de 8 ateliers de formation en maintenance, en plus de locaux pour la formation tertiaire et administrative.

Pour Jacques Chauvet, président de la région Euromed chez Renault, rapporte l'agence Map, "l'engagement de Renault est total et sans faille" pour ce projet, faisant savoir que le site produira deux nouveaux modèles de véhicules non encore dévoilés par le groupe, ainsi que des voitures low-cost, qui seront conformes aux standards de qualités internationales. Le groupe Renault mise également sur la compétitivité du site en termes de coût de production et de positionnement stratégique pour pénétrer les marchés internationaux, a indiqué M. Chauvet, notant dans ce sens que 85% de la production sera destinée à l'export, notamment vers l'Europe de l'Ouest et de l'Est, l'Asie et l'Afrique. Et de souligner l'importance de ce projet qui porte des intérêts majeurs pour le Maroc et pour le groupe Renault, affirmant que l'usine de Tanger-Med est destinée à être "le site le plus compétitif du groupe".

Selon la MAP, le ministre du Commerce, de l'industrie et des nouvelles technologies, Ahmed Reda Chami, a relevé que ce projet stratégique, fruit des efforts déployés pour l'encouragement de l'investissement industriel au Maroc, s'inscrit dans la dynamique de développement du secteur automobile, qui a eu pour effet d'attirer plusieurs groupes internationaux opérant dans différentes branches du secteur, ayant opté pour le Maroc pour leur développement à l'international. Le secteur automobile au Maroc a connu durant la dernière décennie une croissance à deux chiffres, a-t-il ajouté, précisant que la production et les exportations ont enregistré une croissance annuelle évaluée respectivement à 10 et 20%. Identifié dans le cadre du Plan Emergence comme l'un des métiers mondiaux du Maroc avec un chiffre d'affaires à l'export de plus de 11,3 MMDH (17% du total des exportations industrielles) et une valeur ajoutée de plus de 3 MMDH (5% du PIB industriel), le secteur automobile revêt un caractère stratégique dans la nouvelle politique industrielle du Maroc.

Basé principalement sur la sous-traitance pour le compte des grands constructeurs étrangers en provenance de l'Europe, ce secteur se trouve actuellement parmi les secteurs les plus touchés par la crise économique et financière mondiale. Dominé par les activités des équipementiers principalement de rang représentés par des multinationales implantées au Maroc, le secteur automobile marocain a enregistré à fin août 2009 une chute de 24,2% de ses exportations. Cette évolution est conséquente à la baisse des commandes des grands constructeurs clients des équipementiers marocains à partir de décembre 2008, en réaction à la baisse de leurs ventes. Il convient de souligner également la forte concentration des exportations du secteur sur le marché européen qui absorbe plus de 86%.

L'Espagne et la France (Renault et PSA Peugeot Citroën) absorbent à eux seuls plus de 70% de ces exportations. Cette forte dépendance à un nombre limité de débouchés, bien qu'ils soient d'importants marchés, accentue davantage la vulnérabilité du secteur aux aléas de ses marchés (crise économique mondiale). De même, la nouvelle reconfiguration mondiale du secteur enclenchée par la crise devrait, sans doute, accentuer les délocalisations en quête de structures de coûts compétitives.

Dès lors, l'industrie automobile nationale devrait se positionner et faire face à la concurrence entre un ensemble de pays à bas coûts (Chine, Tunisie, Egypte, Europe de l'Est) ambitionnant de tirer profit des opportunités offertes dans ce contexte. En outre, l'analyse de la structure de l'emploi dans le secteur révèle l'insuffisance des profils d'ingénieurs et de techniciens spécialisés requis pour le développement du secteur et l'attraction des IDE.

MAP