"Je ne peux m’empêcher d’afficher un sourire amusé voire moqueur quand j’aperçois dans des revues actuelles des reportages vantant les mérites et les attraits de Tanger qui apparaît comme le must incontournable des snobs de la planète.

Le_livre_inachev__Hanania_Alain_AmarComme tous ces gens sont ringards, insipides, grégaires, retardataires et surtout dépourvus d’imagination. Ils me font penser aux carabiniers qui débarquent après la bataille ou aux moutons de Panurge. Dans ma famille, nous n’avons pas attendu les années 2004 ou 2005 pour trouver du charme à cette perle du Nord qu’est Tanger. La cité du Nord que les prudes bourgeois de l’intérieur du pays nommaient injustement " Tanja la putain " était, avant la Seconde Guerre mondiale et encore davantage dans les années qui suivirent le conflit, un lieu magique, attirant les artistes, les peintres, les stars du cinéma, les écrivains et de riches propriétaires anglais. Delacroix, Matisse, Paul Morand et quelques autres avaient déjà tracé la route. Les " explorateurs " du XXIe siècle ne connaîtront jamais les mystères et les beautés de la ville internationale… J’ai eu ce privilège, grâce à la curiosité et l’ouverture d’esprit de mes parents qui, de 1950 à 1963, nous y emmenèrent régulièrement en vacances.

Bien évidemment, je ne connaissais à l’époque, ni Delacroix, ni Matisse, ni Paul Morand ni Joseph Kessel et encore moins Paul Bowles ou Tahar Ben Jelloun. Ce serait pour plus tard. Et c’est fort heureux, car mes premières rencontres avec la perle du Nord furent authentiques, vécues intensément et en direct, sans aucun intermédiaire qui aurait pu influencercapo_spartel voire " polluer " mes premières impressions et sensations. En choisissant Tanger comme lieu de vacances, mon père faisait figure de précurseur parmi ses amis et les membres de sa famille. En fait, il fut précurseur dans bien des domaines, en nous faisant apprendre le latin – " cette langue de curé ", comme l’avait dit un de mes oncles – contre l’avis de ses frères qui ne comprenaient pas ses idées jugées trop avant-gardistes. De même, prudent, mon père dès 1947, souscrivit des assurances sociales et s’affilia à un régime de retraite de cadre, à l’instar de ses collègues de métropole. J’ai eu en ma possession sa première carte d’affiliation et en fus admiratif, car mon père avait fait preuve d’une grande clairvoyance. Les débats actuels sur les retraites et la précarité des emplois lui donnent totalement raison. Peu de gens partageaient ses idées à Rabat et trouvaient mon père trop engagé et partisan de la France..."

Extrait de son dernier livre "Le livre inachevé", paru chez l'Harmattan en 2007.

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