Les chiffres avancés laissent rêveur. Le port de Tanger pourrait recevoir, sans investissement supplémentaire, près de 200.000 croisiéristes par an, soit dix fois plus que ce qu’il reçoit réellement aujourd’hui. Et ce, juste en procédant à de légères retouches au niveau de la structure du port. Les responsables du port de Tanger y voient le futur, non pas du port mais de la ville. Une approche partagée par les responsables de la Région. port_TangerMed

A l’horizon 2007, le port de Tanger sera libéré de la lourde charge du transit des marchandises et des camions TIR. Ces derniers seront en effet transférés vers le futur port TangerMed. Quant au transport des passagers, la migration aura lieu en 2009.

Depuis quelque temps, on s’habitue à l’idée de voir le port de Tanger reconverti pour les activités. Selon une étude réalisée par la direction régionale de l’ODEP de Tanger, un croisiériste dépense en moyenne 100 dollars (environ 900 DH) par escale, multipliés par les croisiéristes en moyenne de chaque paquebot. Une aubaine pour l’économie locale.

Pour la petite histoire, Tanger a longtemps été une escale pour navires de croisière. A l’aube des années 80, ils étaient encore plus de 50.000 croisiéristes à s’arrêter dans la capitale du détroit. Certaines agences de voyages ont fait de très bonnes affaires uniquement avec ce segment. Puis, peu à peu, l’activité a ralenti pour tomber jusqu’à 20.000 croisiéristes par an.

port_TangerMedParallèlement, d’autres destinations dans la Méditerranée ont profité du boom enregistré par les croisières. Sur les dix dernières années, Barcelone et son port, par exemple, ont vu le nombre de croisiéristes multiplié par huit. Il dépasse actuellement le million de visiteurs, faisant de lui l’un des plus importants de la région. La capitale catalane a largement exploité ce filon. En Europe, l’engouement pour ce type de vacances est de plus en plus important. Sur les trente dernières années, le nombre des croisiéristes est passé de 1 à 15 millions. «La part de l’Europe, le principal marché visé par Tanger, est en croissance de près de 15% par an», selon l’ODEP. Une opportunité à ne pas rater.

D’où l’énorme potentiel qui en est pressenti. Mais il ne faut pas tomber dans les erreurs du passé. Avec la prétention d’être tête de pont des croisières de ce côté du détroit, le port de la ville a périclité. Selon divers témoignages, ce n’est pas tant la destination qui serait en cause, mais plutôt la ville en elle-même et le comportement de ses habitants. De fait, les croisiéristes étaient assaillis de toutes parts, en commençant par les taxis, redoutables, selon un agent de voyage de la place. Ensuite, le manque de propreté de la ville et les mauvaises pratiques des bazaristes ont fini par tuer toute envie de faire halte à Tanger.port_TangerMed

Si aujourd’hui, ce genre de désagréments relève presque d’un autre temps, le mal est fait. Le bouche à oreille a fait son travail de sape et la réputation de la ville est ternie. Une réputation qu’opérateurs et autorités locales tentent de redorer. Récemment des voyagistes ont été invités pour constater des progrès réalisés (cf. www.leconomiste.com). La mise à niveau qui s’opère à l’échelle régionale devrait permettre de séduire en effet voyagistes et touristes. Et les efforts entrepris pour la requalification de la ville portent déjà leurs fruits. Les principales artères de la ville offrent une image plus agréable; la corniche a retrouvé son éclat d’antan. Et enfin, la station d’épuration permettra à la baie de redevenir apte à la baignade dès son entrée en service en 2007.

Recettes

Les ressources issues du trafic marchandises vont tarir à partir de juillet 2007, date du transfert de l’activité vers TangerMed. Et en 2009, ce sera au tour du transit des passagers.

Aussi les autorités du port tablent sur l’activité des croisières. Mais cela sera-t-il suffisant? A noter que l’ODEP ne perçoit que 79 DH par croisiériste débarqué. Actuellement, cela ne fait que 1,6 million de DH par an, une somme très insuffisante pour assurer l’entretien des installations du port. Par ailleurs, un croisiériste dépense aujourd’hui en moyenne 900 DH par escale. Il s’agit donc de développer les activités de loisirs afin de pousser à la consommation.

En attendant de voir comment la réforme portuaire se mettra en place, en matière de recettes, le port actuel de Tanger se retrouvera dans une situation déficitaire dès 2007.

Source: L’Economiste.