« L’origine de la présence juive à Tanger se perd dans la nuit des temps. Le site se nommait Tinguis dans l’antiquité et il fut occupé successivement par les Phéniciens et les carthaginois. Des poteries datant de cette époque lointaine et portant des décorations en forme de Menorah y ont été exhumées, semblant indiquer la présence d’une ancienne communauté juive.

Le quartier nord de Tanger est appelé Wad-el-Yahoud "le vallon des Juifs", et il existe depuis les débuts de la conquête arabe. La première référence littéraire digne de foi mentionnant l’existence d’une communauté juive dans cette ville se trouve dans le Sefer Haquabala de Rabbi Avraham Ibn Daud. Il est hélas question de l’extermination des Juifs par les almohades, de Tanger à Mahdia, en l’an 1448 environ. Alfred_DEHODENCQ_F_te_juive___T_touan_vers_1858__R_union_des_mus_es_Nationaux__Paris_

Ensuite, plus aucune trace, jusqu’à l’expulsion de l’Espagne, après laquelle de nombreux réfugiés semblent s’être établis à Tanger. Les Juifs tangérois ont une curieuse coutume locale : tous les ans à la date du 2 elloul, on fait la lecture d’une "meguilat pourim" qui narre la préservation miraculeuse de la communauté, grâce à l’écrasante défaite du Roi Sébastien de Portugal en 1578 ; ce qui place le renouveau de cette communauté quelque part vers le milieu du XVIème siècle. En 1661, quand les Portugais cédèrent la ville aux Anglais, ces derniers attirèrent des musulmans et des Juifs des localités voisines de Larache Ksar El Kabir. En 1677, les Juifs furent expulsés de la cité, et n’y retournèrent qu’en 1680. Ils devaient la quitter de nouveau en 1684, après le départ des anglais.

En 1725, un gros négociant juif, Avraham Benamor de Meknès, organisa une nouvelle communauté d’environ 150 personnes originaires de sa ville natale. Le tout premier Dayan prit la tête de Tanger en 1744. Auparavant, faute de Rav, elle avait été placée sous la tutelle spirituelle des Rabbanim de Tétouan.

Dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle, grâce à un redressement progressif de l’économie dans la région, les Juifs tangérois dont la majorité avait vécu jusqu’alors dans la pauvreté, sauf quelques notables, virent leur situation économique s’améliorer sensiblement mais ce fut de courte durée. Dans les années 1790-92, ils furent en butte à une vague de persécutions, à l’instigation du sultan Moulay Yazid.

Alors qu’en 1808 il y avait moins de 800 Juifs à Tanger, leur nombre dépassait les 2000 en 1835. La communauté étant sortie miraculeusement indemne du bombardement de la ville par les français en 1844, elle instaura un nouveau "Pourim" supplémentaire que l’on nomma Purim de las bombas. C’est dans la deuxième moitié du XIXème siècle que Tanger devint une des villes juives les plus importantes du Maroc. Alors que la première école de l’Alliance Israélite Universelle y ouvrit ses portes en 1864, c’est l’influence des Juifs espagnols de Tétouan qui devait y laisser une empreinte indélébile : la langue parlée y était surtout l’espagnol.

En 1923, Tanger fut déclarée Zone Internationale. Plus de 10 000 Juifs y vivaient alors; Cette époque fut témoin d’un net renouveau d’une culture spécifiquement juive, à l’initiative de l’Intelligentsia juive, notamment l’historien José Benoliel. En 1939-1940, de nombreux Juifs d’Europe de l’Est s’installèrent à Tanger. Il y avait à peu près 12 000 Juifs dans la Zone Internationale en 1948 et vers 1950, près de 2000 Juifs marocains espagnols les y rejoignirent. Après l’indépendance du Maroc en 1956, certaines notabilités déployèrent de grands efforts pour préserver la communauté qui comptait alors environ 17 000 âmes. Mais un inexorable et irréversible mouvement d’émigration avait déjà commencé, notamment vers l’Espagne (Madrid), la Suisse (Genève), le Canada ou l'Amérique du Sud et dans une moindre mesure, la terre d’Israël. Après l’annexion de Tanger, par le Maroc, on n’y recensa en 1968 que 4 000 Juifs.
Aujourd’hui, il n’y a plus à Tanger qu’une centaine de Juifs pour la plupart des personnes âgées, mais on y trouve néanmoins des synagogues. »

Extrait du site www.dafina.net